Gazette des cours de l’Europe

Gazette des cours de l’Europe

 

Type : journal d’information politique

Aire géographique : Paris

Année début : 1790

Année fin : 1792

Dates extrêmes : 2 septembre 1790 – 24 avril 1792

Titre : Gazette des cours de l’Europe

Suite du Titre : … Le royaliste ami de l’humanité.

Rédacteur : Aucune signature ne figure au bas des articles de 1790. La signature de Baudy de C*** apparaît à partir de la livraison N° 58 du 21 mars 1791.  Autres formes du nom : L. A. BAUDY DE C***. C, Baudy de (***). Baudy de C***, « Membre de plusieurs Sociétés Académiques », Mercure de France, samedi 30 mai 1789. Causes particulières de la Révolution française, Londres, 1793, par L. A. Baudy, « Ancien citoyen de Genève, breveté Lieutenant-colonel par feu S. M. Louis XVI, membre de plusieurs académies, etc. »

Grâce à sa Gazette, nous savons que L. A. Baudy est également l’auteur d’un ouvrage intitulé « Esprit de l’Histoire de France, Depuis Pharamond jusqu’à Louis XVI, dédié au roi ; par M. Baudy de C***. des académies de Londres et de berlin, officier de génie, etc. » (lundi 10 octobre 1791, N° 12 de la seconde année, p. 4). Baudy de C*** en présente le prospectus dans ladite livraison, dont l’extrait suivant :

« Prospectus du rédacteur. En 1782 je me rendis de Genève à Versailles chez M. le comte de Vergènes, pour lui exposer l’état de la République, et les moyens d’y consolider une paix durable ; il me reçut avec bonté et m’écouta avec intérêt en m’assurant qu’on ne pouvait rien changer à la marche déjà projetée. Le surlendemain je lui écrivis le désir que j’avais de composer l’esprit de l’histoire de France, et sa réponse que j’ai conservée, porte que non seulement sa majesté me permettait de le lui dédier, mais qu’on me procurerait tous les documents et les manuscrits nécessaires, selon le plan que j’avais formé. Je me rendis aussi dans l’espace de 3 ans, successivement à Londres, Berlin, Vienne, Rome et Madrid, où je demandai les instructions indispensables à mon travail. […] Il renfermera 3 volumes in-8°. les deux premiers contiennent le fil historique des troubles, des guerres, et des faits les plus mémorables qui se sont passés depuis Pharamond jusqu’à Louis XVI. Le troisième parle des mœurs, des modes, des usages, des progrès de la tactique, des sciences et de la politique : j’avoue que cet ouvrage m’a coûté d’autant plus de peine que je me suis efforcé à y employer l’art difficile de dire beaucoup de choses en peu de mots ; et en trois ou quatre jours de lecture on connaîtra tous les divers bouleversements qu’a essuyée la monarchie, les désordres qui l’on tant de fois déchirée, et rendu le peuple malheureux et misérable, pour enrichir des Péthion et des Robespierre, qui toujours, ont fini par montrer sur des échafauds ; quand ils n’étaient pas égorgés par leurs propres satellites, ou massacrés par la multitude qu’ils avaient égarée et trompée, en la flattant pour mieux la perdre … »

Baudy de C*** est le seul rédacteur du journal : N° 58, lundi 21 mars 1791, « À Messieurs mes lecteurs. Lorsqu’on envoie à M. Chaumont des lettres agréables au sujet de ma feuille, qu’on attribue à une société, je n’en suis point jaloux ; mais comme il n’y a pas de ROSE sans épines, je dois prévenir les gens qui adressent des menaces à mon bureau, que je suis seul l’auteur et le rédacteur de la présente gazette, que personne au monde n’y travaille que moi, que seul je suis donc responsable et comptable des fautes et des erreurs qu’elle pourrait renfermer. Mes soins et mes vues ont été, sont, et seront toujours d’être juste et vrai, en dépit de la calomnie, et au mépris de la tyrannie et des insultes. Baudy de C*** ».

Baudy de C*** le rappelle quand nécessaire (N° 3, du mardi 10 janvier 1792,
p. 4) : « Note du rédacteur. Quoique je ne signe pas la fin de mes feuilles, personne autre que moi ne les rédige ; c’est gratuitement qu’on m’associe dans certaines sociétés des collaborateurs. Baudy de C***. »

Quelques lettre[s] au rédacteur, de Pétersbourg, sont signées d’un certain « Baudy-Azémar » : proche de Baudy de C*** ou simple pseudonyme ?

Prospectus : « INTRODUCTION. Nous ne donnerons aucun prospectus de notre ouvrage ; nous ne promettons à nos lecteurs que de tenir une correspondance suivie dans l’Europe, afin de pouvoir détailler les nouvelles intéressantes et positives ; nous n’en puiserons dans aucune feuille périodique, dont les faits rapportés sont souvent imaginés ou recueillis sur d’autres journaux : enfin, nous ferons notre possible pour être exact, et nous suivrons pas à pas les opérations intéressantes et politiques. …

Lorsque, pour la première fois, nous parlerons d’un grand ou petit état, nous décrirons son étendue par ses bornes ; cette connaissance nous paraît indispensable pour juger du crédit respectif de chaque état, et c’est le seul moyen de pouvoir mesurer les intérêts politiques et particuliers des cours de l’Europe. »

Périodicité annoncée : N° 1, bi-hebdomadaire, « Cette gazette paraîtra deux fois la semaine, tous les lundis et les jeudis ».

N°33 (seconde année), lundi 26 décembre 1791 ; la gazette paraîtra désormais les mardis et les vendredis. Le rédacteur annonce, et explique, ce changement :

« Note particulière du Rédacteur. Invariable dans mes principes, et ferme dans mes résolutions, je vaincrai toutes les difficultés et les entraves qu’on met à la circulation libre de ma feuille. La ligue jacobite, aussi désespérée de ne pouvoir me faire craindre, que jalouse de me séduire, avait enfin gagné mon Imprimeur, jusques-là honnête et raisonnable ; des assignats et des promesses sont si séduisants, que jeudi dernier, à l’instant où mon numéro devait paraître, il me marque, sous un prétexte ridicule, que je ne l’aurai point ; et en effet, je me suis vu forcé d’en priver MM. mes abonnés. J’ai changé d’imprimerie ; je redoublerai de zèle et de courage pour déjouer ces ennemis des honnêtes gens et de l’ordre. À l’avenir, les feuilles paraîtront très exactement les mardis et les vendredis, au lieu des lundis et jeudis : l’arrivée de certains courriers, vu l’importance des nouvelles du jour, demande ce changement. »

Périodicité réelle : bi-hebdomadaire, les lundis et les jeudis, puis les mardis et les vendredis.

Collection étudiée : l’intégralité de la version numérisée disponible

Pagination : continue

Nombre de pages du numéro : 4

Lieu d’édition : Paris

Imprimeur : J. Bigot, imprimeur de la Gazette des cours de l’Europe.

Le 27 décembre 1790, le nom de Bigot disparaît : « De l’Imprimerie de la Gazette des cours de l’Europe. » La mention de l’imprimerie ne figure pas régulièrement au bas des livraisons de 1790, et jamais dans celles de 1791 et 1792.

Le rédacteur annonce, Le 26 décembre 1791, que l’imprimeur change, mais mentionne pas le nouvel imprimeur.

Souscription :

N° 1, « Le prix de l’abonnement pour Paris est de 4 liv. 4 sols pour trois mois, de 7 livres 4 sols pour six mois, et de 12 liv. pour l’année. Pour la province, de 6 liv. pour trois mois, de 9 liv. 10 sous pour six mois, et de 15 liv. pour un an, franc de port. On souscrit à Paris chez l’auteur, hôtel de l’Empereur, rue de Grenelle-Saint-Honoré ; chez J. Bigot, imprimeur-libraire, rue de la Huchette numéro 21, et au Palais-Royal chez Favre, libraire, galerie de bois, côté du jardin, N°259, chez tous les principaux libraires de l’Europe, et chez MM. les Directeurs des Postes. On ne recevra aucune lettre ni paquet, qu’ils ne soient affranchis. »

Le 27 septembre 1790, apparaît le nom du « sieur Chaumont secrétaire, hôtel de Mirabeau, rue de Seine », du bureau général, auquel il faut adresser la souscription.

30 septembre 1790 (1re page) : « Dès aujourd’hui le BUREAU-GÉNÉRAL de la présente gazette est hôtel de Mirabeau, rue de la Seine ; pour la commodité du public, nous avons un dépôt au Palais-Royal, chez le sieur Denné, libraire, passage du Peron, n°. 93 et 94, où on peut souscrire dès à présent. Nous ne recevons dans aucun cas ni lettres, ni paquets qui ne soient affranchis. »

28 octobre 1790 : « Nous prévenons MM. nos souscripteurs qui désirent se compléter, qu’incessamment nous leur feront [sic] passer les six premiers NOS. que nous allons faire mettre sous presse pour les réimprimer… Toutes les affaires relatives à la présente gazette doivent s’adresser au Bureau-Général, rue de Seine, et non ailleurs. Les lettres non-affranchies restent au rebut, on n’en reçoit aucune. »

11 octobre 1790 : « Nous prévenons que ce n’est point par nos ordres qu’un jeune homme s’est présenté chez plusieurs personnes qui reçoivent notre feuille depuis son premier N°, pour en recevoir le payement que nous ne réclamerons qu’à la fin du trimestre, et pour éviter toute surprise, les quittances à cet effet seront contre-signées par l’auteur et paraphées par le sieur Chaumont secrétaire. »

27 décembre 1790 : le nom de Bigot ne figure plus :  « On souscrit à Paris chez l’auteur, s’adresser au bureau général, au sieur Chaumont, secrétaire … »

24 mars 1791, N° 59, 1re p. : « Le bureau général de la présente Gazette est rue Guénégaud, hôtel de Bellevue, n° 43 ; où on doit s’adresser désormais à M. Chaumont, secrétaire, et non ailleurs pour tout ce qui concerne ladite feuille. »

31 mars 1791, N° 61, 1re p. : « … Nous prions les personnes qui ont fait payer ou non leur semestre ou trimestre d’abonnement, qui finit aujourd’hui, d’avoir la bonté de nous faire prévenir si elles ne souhaitent pas de le continuer : dans tous les cas leur silence sera une preuve de renouvellement d’abonnement. »

21 avril 1791, 1re p. : « MM. les particuliers ou marchands de province qui désirent se procurer des correspondances pour toutes sortes de marchandises ou autres objets d’affaires, peuvent s’adresser, en affranchissant leurs lettres au bureau général de commission, à Paris, au sieur Chaumont, rue Guénégaud, N°. 44, même adresse que pour la présente Gazette. »

25 avril 1791, 1re p. : « Nous prions les personnes qui nous font l’honneur de recevoir nos feuilles, dont le trimestre ou le semestre est expiré, d’avoir la bonté d’en envoyer le montant au bureau. »

22 août 1791 (N° 101), p. 4 : Le nom de mademoiselle Glais remplace celui de M. Chaumont. « Cette gazette paraît tous les lundis et les jeudis. Le prix de l’abonnement est, pour Paris, de 4 liv. 4 sols pour trois mois, de 7 liv. 4 sols pour 6 mois, et de 12 liv. pour l’année. Pour la province, de 6 liv. pour trois mois, de 9 liv. 10 sols pour six mois, et 15 liv. pour un an ; franc de port. On souscrit à Paris, s’adresser maintenant à mademoiselle Glais, au bureau de la Gazette, rue Guénégaud, n°. 44 ; et chez MM. les directeurs des postes de l’Europe ; on ne recevra aucune lettre, ni paquet qu’ils ne soient affranchis. »

1er septembre 1791 (N° 1 de la seconde année), p. 1 : « MM. nos souscripteurs dont le trimestre, le semestre ou l’année sont expirés, sont priés de renouveler afin que leur envoi ne souffre aucun retard. On trouve, au bureau, des collections complètes de l’année échue, brochées 12 liv. On a fait réimprimer les numéros 1, 5, 12 et 56 qui étaient épuisés. »

6 octobre 1791, N° 11 de la seconde année, p. 1 : retour de M. Chaumont, dont le nom remplace celui de mademoiselle Glais : « Annonces particulière. M. Chaumont, de retour de plusieurs voyages, continuera à recevoir tout ce qui est adressé au sujet de la présente gazette : on prévient MM. les particuliers des provinces et de l’étranger qui auront à lui écrire, soit pour leur abonnement ou des nouvelles, que voici l’adresse précise ; à M. Chaumont, secrétaire au bureau général de la gazette des Cours de l’Europe, rue de Bourbon n°. 690 près les Théatins à Paris. Quant à MM. les particuliers de la capitale, jusqu’à lundi prochain on les prie de s’adresser toujours rue Guénégaud n°. 44. »

10 octobre 1791, N° 12 de la seconde année, p. 1 : « Le bureau général de la présente gazette est dès aujourd’hui rue de Bourbon n°. 690 près les Théatins : s’adresser au sieur Chaumont secrétaire. »

26 décembre 1791 (N° 33 de la seconde année) : le rédacteur l’explique dans une note, à la fin de la livraison, l’augmentation du prix de la souscription :

« Note particulière du bureau de la présente gazette. Nous prions instamment les personnes qui nous font l’honneur de recevoir librement et constamment nos feuilles, de faire renouveler ou payer leur abonnement. Obligés à multiplier de beaucoup nos dépenses d’impression et de correspondances, nous sommes aussi forcés d’augmenter le prix si modique de l’abonnement. Nous ne négligerons rien pour nous procurer des nouvelles intéressantes, toujours vraies. Nous n’imiterons point ces feuilles périodiques qui ne publient que des songes, malgré la sincérité de ces deux vers : L’homme est de glace aux vérités ; Il est de feu pour les mensonges. »

Mention de souscription : « Cette gazette paraît tous les Mardis et les Vendredis. Le prix de l’abonnement est, pour Paris, de 5 liv. pour trois mois, de 8 liv. 10 sols pour 6 mois, et de 15 liv. pour l’année. Pour la province, de 7 liv. pour trois mois, de 12 liv. pour six mois, et 18 liv. pour un an, franc de port. On souscrit à Paris chez M. Chaumont, secrétaire au bureau général de la Gazette des Cours de l’Europe, rue de Bourbon, N° 690, près les Théatins, et chez MM. Les directeurs des postes de l’Europe : on ne recevra aucune lettre ni paquet, qu’ils ne soient affranchis. »

14 février 1792, N° 47 (seconde année), p. 4 : « Note particulière du bureau de la présente gazette. Le nombre de MM. nos abonnés étant sensiblement augmenté depuis cinq semaines, le service de la province a retardé celui de la ville ; mais on a désormais mesuré le temps de manière que chacun soit servi à Paris avant trois heures de l’après-midi : dans le cas contraire, ce serait alors une négligence de MM. de la poste. »

Les articles consacrés aux modalités d’abonnement sont importants et nombreux dans cette gazette. Gagner ou perdre des abonnés, est combat où le rédacteur n’ented pas être vaincu ; la perte d’abonnés n’est pas que matérielle, mais idéologique. Baudy de C*** fustige les royalistes qui basculent dans le camp des jacobites et qui, de surplus, œuvrent pour lui ôter des abonnés. Lisons sa réponse à une lettre qui lui a été envoyée (N° 48 (seconde année), 17 février 1792, p. 4) :

« Je sais que des royalistes égarés cherchent à me faire perdre des abonnés ; et pour mieux y réussir, ils me qualifient de monarchien : du côté de mon attachement à la monarchie, personne ne l’est plus que moi ; je ne connais rien de plus dans cette prétendue secte : j’ai l’éloge des vrais honnêtes gens, il me suffit : les cours ne serviront point le penchant d’aucun forcené ; j’aime le peuple Français, et ne suis l’esclave d’aucune ligue particulière. Baudy de C***. »

Contenu annoncé : suivre l’actualité intéressante et positive européenne ; être exact dans les faits rapportés ; « mesurer les intérêts politiques et particuliers des cours de l’Europe ».

Contenu réel (rubriques) : France, de Paris, Allemagne, de Vienne, Espagne, de Madrid, etc. Avis et annonces, N° 2 :  « Je réserverai à l’avenir sur chaque numéro les deux dernières colonnes, pour y placer, ce que MM. les particuliers jugeront à propos de faire insérer, moyennant un prix modique. » Avis et annonces, N° 4 : « Lettre adressée à l’auteur, 12 septembre. Monsieur, Hier je fus déjeuner dans l’un des cafés de la rue Montmartre ; le sieur C. M. D. y lisait votre gazette à trois personnes que je ne connais pas. Après cette lecture il engagea le cafetier de ne point souscrire pour cette feuille, qu’elle était trop aristocrate. Les quatre quidams sortirent, je les suivis par hasard. Les voyant entrer dans un autre café, je présumai que c’était à dessein ; effectivement, ils y trouvèrent votre gazette, en firent de nouveau la lecture, et conseillèrent encore au cafetier de ne pas s’y abonner. Je laisse à vos lumières, monsieur, le soin de juger le motif de la conduite de ces gens-là : quant à moi, qui suis persuadé que votre gazette plaira à tous les citoyens fidèles au roi, et à tous ceux qui aiment le repos et le bonheur du peuple, je vous prie de recevoir ma soumission pour un abonnement de six mois. Signé, J. F. Dacier. » Le rédacteur insère parfois, à la dernière page, un article consacré à l’actualité littéraire.

La forme des rubriques change pour la seconde année (1791) : articles plus condensés, intitulés Extrait d’une lettre de …, suivis de Suite et nouvelles diverses. Toutes les livraisons commencent par la rubrique de Paris.

Articles occasionnels : 1790. Extrait d’un dialogue, entre trois Sœurs et leur Maman. Finances. Demandes. Réflexions de l’auteur. Avis aux citoyens français.

1791. Mélanges et nouvelles diverses. Mélanges et nouvelles de divers endroits. Note particulière. Avis essentiel. Avis aux âmes religieuses. Anecdotes parisiennes. Extrait de diverses lettres. Mélange. Nouvelles étrangères.

11 juillet 1791. Annonce, p. 4 : « Très bel appartement complet, au premier, orné de glaces et de très beaux papiers, à louer présentement, meublé ou non meublé, rue du Grand-Chantier, N° premier. »

Le même article d’Annonces peut être consacré aux dernières parutions, politiques et littéraires.

Discours éditorial : le rédacteur intervient souvent, dans les livraisons de 1790, dans la rubrique Avis et annonces, à la dernière page. « Quand j’ai entrepris cette feuille, je m’attendais à déplaire malheureusement aux ennemis de la cour et du repos public : mais je ne croyais pas être jamais obligé d’y parler de moi. » (N° 5)

Le rédacteur met en avant la transparence et la liberté de critique : « Avis et annonces. […] On a aussi la bonté de me donner avis, qu’on trouve des fautes dans mes feuilles : j’observerai que mon ouvrage n’est point un traité des principes de la langue française ; mais seulement, la Gazette des cours de l’Europe … Il serait bien difficile de ne laisser échapper aucune faute dans cet ouvrage, ayant tout au plus le temps, de lire de nuit une seule épreuve. » (N° 6)

Dans les livraisons de 1791, Baudy de C*** n’attend plus la dernière page pour prendre la parole. Il ne s’exprime plus dans une rubrique précise, mais dans toutes, au moment où il juge bon d’intervenir : « Paris. Je désirerais bien que la nature de ma feuille me permit d’entrer dans les détails qui caractérisent les principes des divers clubs sous la tyrannie desquels le royaume, la justice et la loi sont asservis. Je demande cependant à mes lecteurs de m’accorder ici une seule minute de réflexion, et il n’y en a aura pas un qui ne frémisse des intentions et des vues détestables des jacobins. » (N° 46, 7 février 1791),

Le rédacteur invite ses abonnés à lui envoyer les « nouvelles intéressantes » de la province et de l’étranger : « Plus de vingt-cinq journaux donnent des extraits de ma gazette, ils ne s’en attribuent point la correspondance. Quelques papiers anglais et allemands en traduisent souvent les passages sur la politique, et ne se les attribuent point non plus. La vérité est indivisible et ses rayons finissent par éclairer l’univers. J’invite toujours MM. mes abonnés des provinces et de l’étranger à m’adresser, franc de port, les nouvelles intéressantes de ce qui se passe sous leurs yeux, je leur tiendrai compte des déboursés, et leur offre ici tous mes services … Je ne négligerai rien auprès de mes correspondances particulières pour que leurs nouvelles soient promptes, sûres et intéressantes. » (N° 69, p. 4).

Dans l’ultime numéro, publié le mardi 24 avril 1792, Baudy de C*** donne son dernier discours, qui s’étend sur trois colonnes. C’est résumé de son entreprise journalistique ; que nous transcrivons dans son intégralité :

« Dernier discours et numéro de la Gazette des cours de l’Europe, le Royaliste, ami de l’humanité. Étranger et nourri par l’expérience des révolutions dans les divers pays de l’Europe, depuis 20 ans, j’avais acquis le degré de lumières nécessaires pour développer des moyens capables de ramener sans secousse l’ordre et la paix en France. Au commencement des troubles chacun y a pris la plume, les uns pour exalter la souveraineté du peuple, d’autres pour défendre la toute puissance du haut clergé et d’une partie de la noblesse : personne ne parlait des droits sacrés du roi que relativement aux intérêts de son parti. Alors je sentis la nécessité de combattre ces deux extrêmes dangereux, en penchant cependant pour le moins féroce, et j’imaginais ma feuille : elle se fit des partisans recommandables, mais ceux qui avaient laissé échapper les rênes du gouvernement, ne voulant rien céder aux circonstances, et les nouveaux possesseurs de l’autorité royale ne considérant point les suites d’un changement aussi total, jouèrent et jouent encore au dé le repos et la fortune individuelle de tous les Français. Pour répandre un jour sur cette vérité que l’expérience va rendre terrible, il fallait propager des principes vigoureux, mais humains, éloignés des vices de l’ancien régime et des excès barbares du nouveau : j’avais en conséquence disposé une correspondance fructueuse pour servir ce louable dessein ; déjà certains cantons de la France en savouraient les avantages ; mais il aurait fallu étendre infiniment plus ces opinions précieuses, donner de l’extension au projet de réconciliation, ennemi de toute licence et de tout despotisme, lier ensemble les intérêts de tous els honnêtes gens. Seul, peu fortuné, il ne m’a pas été possible d’embrasser un grand cercle, en sorte que le développement de mon projet, alternativement en butte aux ligues extrêmes, s’est amorti : quelques secours pouvaient l’animer d’une nouvelle vie, parce qu’avec de l’argent un génie ferme et adroit mène les hommes comme il veut, lutterait avec succès les méchants, pour ne former qu’un peuple de Français respectables, heureux alors sous une monarchie tempérée, puissante et auguste ; mais privé des moyens nécessaires, ma feuille devient inutile, surtout ne pouvant l’étendre assez pour servir le monarque et toutes les classes du peuple, selon des principes monarchiques, amis des lois et de l’humanité. Je la quitte donc dans un moment où le plus insigne et perfide conseil vient d’être donné au roi de proposer à l’assemblée de déclarer la guerre à la maison d’Autriche. S. M. devait attendre politiquement cette démarche par un décret d’urgence adressé au pouvoir exécutif, parce qu’il va résulter qu’au premier échec des patriotes, on criera qu’on a été trahi : Le roi le savait donc, puisqu’il est venu proposer la guerre ; c’est un traître, il faut …. Non, Français, s’il y a un traître, c’est le ministre et non le roi qui n’a pu éviter ce piège, capable d’anéantir la monarchie, ou de la perdre sans ressource. Puisse une âme courageuse, guidée par l’expérience, se trouver placée dans une situation qui lui mérite la confiance des Français honnêtes des diverses classes du peuple ; car sans un génie rare, vous ne ferez que plonger la France dans un état toujours plus déchirant : elle flotte entre deux précipices cruels, l’anarchie et le despotisme, situation qui présage les plus grands maux pour tous les partis. … Quoique ma Gazette n’existe plus, mon bureau est toujours ouverte rue de Bourbon, F. S. G. n.° 690, près les Théatins, où les personnes dont les abonnements ne sont pas expirés, peuvent se présenter, et sur le champ on leur remboursera le prix du temps qu’elles auraient encore à jouir de la feuille : cette loyauté me fait espérer que ceux d’entre MM. mes abonnés qui l’ont reçu librement, quelques mois de plus que leurs abonnements payés, me feront aussi rembourser, franc de port, les bagatelles dont j’ai fait les avances en toute confiance, persuadé de leur honnêteté et de leur justice. Baudy de C****. »

Formes du discours : les nouvelles des cours de l’Europe occupent les trois premières pages de la gazette ; la rubrique d’Avis et annonces, permet au rédacteur de donner la parole à ses abonnés, une sorte de courrier de lecteurs, sous forme de lettres, ou de discours rapporté (on me donne avis, etc.).

Orientation politique : monarchiste, contre-révolutionnaire : « Réflexion. Les provinces belgiques ne présentent plus qu’une vallée de larmes et de misère. Déjà trente-sept mille Belges ont payé de leur vie leur entêtement absurde […] La France, alors gouvernée par Marcel et l’évêque de Laon, chefs des états-généraux, ne présentait plus qu’un terrain sans culture, partout des brigands la ravageaient, on n’y voyait que des villes brûlées, des bourgs et des villages déserts ou démolis. Ô peuple ! de telle nation que tu sois, ne t’aveugle donc plus pour flatter la coupable ambition de gens qui ont assez d’audace pour s’emparer de l’autorité légitime de ton souverain, et de s’ériger en despotes, tout en te rendant agréable les mots séduisants de liberté et d’égalité ! … Méprise et brise le serpent qui exalte ton imagination ; n’attend pas que le comble du désordre et de la misère viennent te prouver ce que mon cœur t’exprime sans passion, et sans autre intérêt que celui de ton repos et de ta félicité : tel est du moins le vœu sincère de tous les honnêtes gens. » (N° 8, 27 septembre 1790 

Mentions d’autres journaux :

Chronique de France (N° 47)

Feuille des subsistances de Paris (N° 40)

Gazette de Leyde (N° 25, 2nde  année)

Journal de la Moselle (N° 72)

Journal de Paris (N° 48)

Journal démocratique dit Mercure nationale (N° 38)

Mots caractéristiques : « le repos public ».

Personnages cités favorablement : Abbé Maury ; M. Charlemagne (de la société royale de l’agriculture de Paris) ; madame Vaufleury (auteure du Dictionnaire inutile).

Personnages cités défavorablement : Brissot, Robespierre, Pétion, Gadet.

Contexte politique immédiat :

21 juin 1791 : fuite de la famille royale à Varennes ; 3 septembre 1791 : Constitution ; 3 décembre 1791 : Louis XVI demande au roi de Prusse Léopold II de le soutenir contre la Révolution ; 12 janvier 1792 : Louis XVI formule une demande d’intervention militaire prussienne en France ; 1er mars 1792 : mort de l’empereur Léopold II ; 20 avril 1792 :  déclaration de guerre de la France au roi de Bohême et de Hongrie (François II).

Articles curieux :

N° 34 (2nde  année), 30 décembre 1791, p. 4 :

« Réponse à une lettre particulière. Vous me demandez ce que c’est qu’un grand homme ? Ce n’est certainement pas celui qui compose de beaux discours, mais celui dont le génie supplée à toutes les difficultés pour arriver à ses fins. Richelieu était un grand homme ; seul il a élevé la gloire de Louis XIII et changé la face de la monarchie en faveur du trône et du peuple. De Lève, de simple soldat devenu général sous Charles-Quint, était un grand homme, parce qu’il a toujours vaincu ses ennemis, quoique vingt fois plus nombreux, et conservé toujours l’Italie à l’Empereur. En général, un grand homme est celui qui réussit dans ses projets politiques, et qui, avec de petits moyens, fait de grandes choses. J’aime bien la réflexion d’un enthousiaste de l’abbé Maury qui m’écrit : « Si le ciel eût voulu, il aurait sauvé la France. » Quelle découverte ! Si le ciel voulait, je serais Samson, et avec la mâchoire d’un âne, je travaillerais les Jacobins et les révolutionnaires d’une belle manière. Baudy de C***. »