J89157

Pierre RétatLes Journaux de 1789. Bibliographie critique, Paris, Editions du CNRS, 1988, p. 221-224
mis en ligne avec l'aimable autorisation de l'auteur   


 

Numéro

157

Type

AN

Aire géographique

PRESSE PARISIENNE

Année début

1789

Année fin

1792

Titre

LE PUBLICISTE/ PARISIEN,/ JOURNAL POLITIQUE, LIBRE ET IMPARTI AL,/ PAR UNE SOCIETE DE PATRIOTES,/ ET rédigé par M. MARAT, Auteur de l’OFFRANDE/ A LA PATRIE, du MONITEUR, et du PLAN/ DE CONSTITUTION, etc.

Modification(s) du Titre

à partir du n° VI (16 sept.): L’AMI DU PEUPLE,/ OU/ LE PUBLICISTE PARSIEN,/ JOURNAL [...].

Epigraphe

Vitam impendere vero.

Dates extrêmes

12 septembre 1789-21 septembre 1792.

Prospectus

4 pages, imprimeur: Veuve Hérissant.

Périodicité annoncée

quotidienne (Prospectus).

Périodicité réelle

quotidienne; sur les irrégularités de la publication, voir la note finale.

Collection en 1789

n° I-LXXXI1I (12 sept.-31 déc.), avec des lacunes.

Collection

685 numéros en 13 vol. (coll. BM Lyon).

Pagination

continue, numéro I-XXVIII (8 oct.), 242 pages; numéro XXIX- LVII (5 nov.-26 nov.), avec des lacunes, 234 pages. Pagination par numéro (8 pages) à partir du n° LXX (11 déc.).

Dimensions

120x194 mm.

Nombre de pages du cahier

8 p. (très exceptionnellement 10 ou 12).

Format

in-8°.

Signatures

continues selon les mêmes séries que la pagination (A4 etc.), avec des irrégularités: répétitions, signatures manquantes, à partir du numéro XXIX (5 nov.). Lorsque le journal est paginé par numéro, les signatures manquent, sauf exception.

Editeur(s)

Dufour (=> 12 déc. 1789).

Imprimeur(s)

Veuve Hérissant; L. Jorry, n° XVI (26 sept. 1789) =>; exceptionnellement, Feret, n° XIX (29 septembre 1789); "De l’imprimerie patriotique", n° XXIX (5 nov. 1789) =>; "De l’imprimerie de Marat", n° LXXI (19 déc. 1789) =>. La notice de Martin et Walter donne un relevé complet des mentions d’imprimeur.

Souscription

12 1./ 3 mois par tout le Royaume chez Dufour, Bleuet, Pichard, Debray, Bailly (Prospectus). Le contrat avec Dufour expirant le 12 décembre, le n° LXXI (19 déc.) avertit les abonnés que les seuls abonnements valides se font au bureau de Marat, rue de l’Ancienne-Comédie, n° 39.

Permis de police

"Permis à la poste de faire circuler le Journal [...] Au comité de Police, ce 8 septembre 1789. Signés Broussonet, Lerasle, Leroux, Monde" (Prospectus). Avec des interruptions on le trouve à la fin de la plupart des numéros, jusqu’au n° LXXV (23 déc.).

Auteur(s)

MARAT (Jean-Paul).

Contenu annoncé

le "plan" consiste à suivre "avec sollicitude le travail des Etats Généraux"; à rappeler "sans cesse les bons principes", à venger "les droits de l’Homme", établir "les droits des Citoyens", tracer "l’heureuse organisation d’un sage gouvernement", pour ramener "l’union, l’abondance et la paix". "Le lecteur sera souvent surpris de la hardiesse des idées, mais il y trouvera toujours liberté sans licence, énergie sans violence, et sagesse sans écarts" (Prospectus).

Contenu réel

après la datation (Versailles, du..., puis Versailles et Paris, du... à partir du n° XII, enfin Du..., à partir du n° XXIX), la rubrique initiale est celle de l’Assemblée Nationale, Séance du...; un sommaire, en italiques puis en romains. On trouve ensuite des titres internes très variables, les plus fréquents étant: Hôtel de ville de Paris, Observations essentielles (ou importantes) sur..., Réflexions sur..., Discours au peuple (ou à la milice...); ils sont parfois en capitales, surtout dans les numéros XXXIV-LXXIII; de nombreuses lettres surtout à partir de novembre.

Type de discours

l’Ami du peuple est à peine, malgré la présence ostensible de cette rubrique, un journal de l’Assemblée Nationale: les comptes rendus sont d’une brièveté qui confine parfois à l’ironie. Il est à peine aussi un journal d’information: il refuse le récit, même au début d’octobre, et le fait divers. L’essentiel du texte est dans les Réflexions, les Discours..., où se déploient la parole de Marat, en grandes nappes oratoires: sorte d’éditorial continu qui confronte les décrets de l’Assemblée Nationale aux "principes", lance des cris d’alarme, provoque à la vigilance et à l’action.

Orientation idéologique

la position de Marat est extrême dans le champ politique, surtout par l’inspiration générale et le ton. Il démystifie la Révolution, qui ne s’est faite que par un heureux concours de circonstances, la nuit du 4 août, l’Assemblée Nationale dominée par la "faction". Il exprime une intense compassion pour le "pauvre peuple", qu’il fustige pour l’éveiller, réitère les prévisions sinistres, les objurgations angoissées. Il est le centre sensible de toutes les douleurs. Il appelle à la grande purification, à la révocation des représentants "corrompus", à la purgation des assemblées. Les dénonciations personnelles, qui ont le plus choqué les contemporains, contre Necker ou Bailly, par exemple, manifestent un moralisme passionné et violent, l’horreur de l’or, du luxe, des "vices scandaleux". Marat est "l’oeil du peuple", il "dessille les yeux": son dévouement, qui atteste la pureté de son "coeur", lui donne un droit absolu et sacré.

Historique

La publication de l’Ami du peuple est liée à la vie mouvementée de Marat, à ses passages dans la clandestinité et à ses arrestations. En 1789, deux grandes interruptions: entre le n° XXVIII (8 oct.) et le n° XXIX (5 nov.) lorsque Marat est sous le coup d’un décret de prise de corps du Châtelet pour avoir dénoncé un membre de la Commune (selon le Journal d’Etat et du Citoyen, n° 12, 15 oct., Supplément, p. 201-202, les formes du n° XXVIII sont saisies chez Jorry et les exemplaires déjà imprimés chez Dufour); entre le n° LVII (26 nov.) et le n° LXX (11 déc.), lorsqu’il est arrêté et comparaît devant le Comité de police de l’Hôtel-de-Ville. Dans l’Avertissement aux abonnés du 19 décembre, il promet tous les numéros arriérés, promesse qu’il ne tiendra pas. Mais il publie le 8 décembre un n° XLII daté 29 octobre, où il exprime son mécontentement "de la manière dont son Journal a été exécuté en son absence" et promet déjà "les anciens Numéros pour compléter la collection" (Avertissement, p. 115); on trouve donc de nouveaux numéros du 11 novembre (n° XLV, qui double le n° XXXV), du 18 novembre (n° LI, doublant le n° XXXIX), du 19 novembre (n° LII, daté par erreur 18, doublant le n° XL). Manqueront définitivement, dans la série numérotée, les numéros XLI, XLIII- XLIV, XLVI-L, LVIII-LXIX, qui n’ont jamais paru; outre les interruptions déjà signalées, la série journalière présente également des lacunes: aucun numéro pour les 15-17, 20, 25 novembre, 12-18 décembre
Les hasards de la publication retentissent sur la continuité de la pagination et des signatures, et sur la typographie, très diverse et souvent fautive. Les démêlés de Marat avec son libraire, Dufour, le conduisent à installer chez lui le bureau de souscription (voir n° XLII, 29 oct., publié le 8 déc., Avertissement; n° LXXI, 19 déc., Avertissement); dans le n° LXXX (28 déc.), il annonce que "le terme de la société faite avec les libraires chargés de la distribution de l’Ami du peuple est expiré", et invite les souscripteurs à retirer leurs abonnements faits depuis le 12 décembre chez Dufour. A partir du n° LXXI, 19 décembre, tous les numéros sortent de l’"Imprimerie de Marat"; les numéros antérieurs qui portent cette mention ont donc été réimprimés ou imprimés après cette date (n° IV, XXVII, XLV)
Le manuscrit BN N. a. fr. 310, qui provient de la collection Labédoyère, contient des numéros ou fragments imprimés avec corrections manuscrites, ou des numéros manuscrits qui sont du plus haut intérêt. On y trouve les numéros 29-38, 40-41, 43 (10 oct.-3 nov.) et 60 (28 nov.) qui n’ont jamais paru, en deux séries: manuscrits complets ou presque, et fragments avec des passages imprimés et corrigés; les numéros 44 (6 nov.) et 46 (sans date, séance du 11 nov.) sous la même forme, qui correspondent aux numéros XXX et XXXVI de l’exemplaire imprimé; enfin des épreuves des numéros XXIX (5 nov.), XXX (6 nov.), XXXII (8 nov.) et XXXVII (13 nov.). Ces textes témoignent de la continuité du journal dans la période où Marat le rédigeait sans pouvoir le publier; ils constituent une série numérotée normalement qui a disparu lorsque le journal a passé brutalement du 8 octobre (n° XXVIII) au 5 novembre (n° XXIX). Marat dénonce les journalistes indélicats qui ont tenté de profiter des interruptions pour reprendre le titre (Jourdain de Saint-Ferjeux, l’Ami du peuple ou le vrai citoyen, voir Marat n° XXIX, 5 nov.) ou capter les souscripteurs (le Courier de Paris de Sainthi, proposé comme la suite de l’Ami du peuple, voir n° LXXI, 19 déc.).
L'Ami du peuple est sans doute, en 1789, le journal qui a suscité les plus nombreuses et les plus violentes réactions, généralement très hostiles, de la part des autres journaux. Une édition en reprint a été publiée en 1967 à Tokyo par la Society for reproduction of rare books.

Cote(s)

BM Lyon 427.111; BN 8° Lc2 221-222 et Réserve 8° Lc2 221-222; Ass. Nat. Ez” 8.95 (n° I-III); El’” 780 (n° VI-684).