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FEUILLE DE LA RÉPUBLIQUE

Pascale Ferrand [30/03/2017]

Type : journal d’information politique

Aire géographique : nationale

Année début : 1794

Année fin : 1795

Dates extrêmes : 3 avril 1794-10 mars 1795 (14 germinal an 2-20 ventôse an 3)

Titre : Feuille de la République

Précédé par : Feuille du Salut public

Épigraphe : Si-tôt que quelqu’un dit des affaires de l’Etat, peu m’importe, l’Etat est perdu. J.J. Rousseau [Contrat Social, ch. 14]

Périodicité réelle : quotidien

Collection étudiée : 3 avril 1794-10 mars 1795

Pagination : par numéro (la numérotation continue celle de la Feuille du Salut public» à partir du n° 274)

Nombre de pages du numéro : 4

Format : in-4°

Lieu d’édition : Paris

Imprimeur(s) : «De l’imprimerie de la Feuille de la République, rue du Doyenné, n° 16» ; «De l’Imprimerie de l’administration nationale» pour le supplément au n°322 (2 prairial ans 2), qui poursuit la transcription d’un discours de Rousselin (p. 4 de l’ordinaire)

Abonnement : 36 livres pour un an, 19 pour 6 mois, 10 pour 3 jusqu’au n°122 de l’an 3 ; ensuite 48 livres pour un an, 25 pour 6 mois, 14 pour 3 (Avis sur l’augmentation du prix des journaux dans le n° 121 du 1er pluviôse, p. 2). Le Bureau d’abonnement est à la même adresse que celui de la Feuille du Salut public, rue du Doyenné n° 16 [hôtel de Crussol]

Auteur(s) : Plusieurs contemporains considèrent Alexandre Rousselin, ami de Danton et de Barras, proche de Garat et Paré, comme directeur de la Feuille du Salut public et de la Feuille de la République, cependant aucun document n’atteste sa participation à cette dernière. La longue citation de son discours de prairial ne nous paraît pas prouver sa participation au journal, parce que, entre germinal et prairial an 2, c’est un orateur en vue de la Société des Jacobins. Le 4 thermidor an 2, son acquittement figure dans la liste des décisions du tribunal révolutionnaire, il est désigné comme « rédacteur de la Feuille de salut public » (n° 382, p. 4)

André Grandchamp, liégeois, qui a été nommé directeur de la Feuille du Salut public par le Comité le 9 septembre 1793, reste directeur jusqu’en octobre 1794 au moins. De même la « citoyenne Rousselin» qui tient « le bureau d'abonnement et de distribution » (Aulard, p.231, Caron, p.17-18) ; aucun lien de parenté n’est établi entre elle et Alexandre Rousselin (Caron, p. 14, n. 3)

Contenu réel (rubriques) :

Régulièrement «Convention nationale», «Jacobins»,«Commune de Paris» (résumé des séances de ces assemblées et fréquentes transcriptions de discours parfois sur plusieurs livraisons, 9 pour le discours de St Just prononcé contre Hérault, Danton, Philipeau, Desmoulins et Lacroix le 11 germinal an 2 ; «Tribunal révolutionnaire» ou des «Prisons de Paris» (transcription des sentences, puis citation des actes à partir de la dernière décade de vendémiaire an 3, lors du procès du Comité révolutionnaire de Nantes).

• Fréquemment critiques de théâtre (sur une colonne ou plus), et annonces des spectacles. Le rédacteur met en avant le rôle moral du théâtre régénéré, destiné à former l’esprit républicain et à exalter le patriotisme, mais il se montre exigeant sur la qualité dramatiques des pièces (voir par exemple la critique de L’Adoption villageoise : «Cette pièce, beaucoup trop longue est semée de couplets patriotiques assez bien tournés ; mais elle partage le défaut commun à presque toutes les pièces nouvelles, elle n’a pas d’action dramatique», n° 321, 1er prairial an 2, p. 4), il fait parfois mention des réactions des spectateurs et en critique l’à propos : «Combien de fois n’avons nous pas lutté dans cette feuille contre les applaudissements du Public, qui accueillait avec enthousiasme des pièces qui n’avaient de mérite que dans l’intention de leurs auteurs» (n° 386, 8 thermidor an 2, p. 3) ; «Société populaire séante à la salle des électeurs», «club séant au ci-devant évêché»

• Irrégulièrement : «Nouvelles», «Nouvelles étrangères» (particulièrement fréquentes après le 9 thermidor an 2), «morale politique» (textes édifiants, souvent polémiques) ; «Variétés», «variétés étrangères», «anecdotes citoyennes», annonces de livres nouveaux (avec parfois une brève critique), «Avis», longues pièces de circonstance en vers ou en prose pouvant parfois dépasser la page ; «Philosophie» (n° 428, 22 fructidor an 2) et «Nécrologie » (du général Dugommier, n° 78, 13 frimaire an 3) n’auront pas de suite.

Formes du discours : La feuille de la République résume ou cite sans commentaires les séances des assemblées. En réponse «à un journaliste» qui prétendait que «les feuilles étaient aussi insignifiantes que l’ancienne Gazette de France, le journal affirme qu’il a donné les débats de la Convention et des Jacobins, avec «autant de détails que nous pouvions le faire sous la tyrannie». Il justifie sa neutralité par opposition à un journalisme polémique discrètement désigné comme antirépublicain : «comment peut-on appeler insignifiants des journaux qui se font un devoir de transmettre fidèlement à leurs abonnés les débats libres et intéressants de la convention et des Jacobins ? [...] Nos feuilles consacrées à l’instruction du peuple ne seront jamais des archives de malignité [...] l’article variétés ne doit pas ressembler aux bons mots et aux calembourgs [sic] qui faisaient jadis la fortune du Petit-Gautier» (n° 412, 4 fructidor an 2, p. 4).

Sous la Convention thermidorienne les rubriques Variétés et Nouvelles, se développent, les citations de lettres se multiplient exaltant le patriotisme et l’esprit républicain ou proposant des nouvelles plaisantes à vocation pédagogique. Dans le même temps les critiques de théâtre se raréfient après fructidor an 3. Dans les derniers mois du journal, la rubrique «Variété», les lettres de lecteurs, les extraits de livres et de journaux prennent plus d’importance, le ton est souvent polémique.

Orientation politique : Feuille imperturbablement gouvernementale. L’auteur se déclare «écrivain patriote» (n° 321, 1er prairial an 2). Quoique Pénières, conventionnel girondin, déclare que «cette feuille était l’encensoir du comité [de salut public]» (Convention, 8 germinal an 3), la Feuille de la République semble ne jamais avoir eu la fonction de «journal officieux du gouvernement révolutionnaire» qu’avait la Feuille de salut public, c’est le Journal universel qui eut cette fonction après germinal an 2 (Caron, p. 22)

Mentions d’autres journaux :

Accusateur public (n° 102, 12 nivôse an 3 : annonce élogieuse avec un long extrait de ce journal qui « paraît depuis deux jours »; n° 126, 7 pluviôse an 3; n° 142, 23 pluviôse an 3)

Ami du peuple (n° 116, 26 nivôse an 3 : brûlé place Egalité avec le Journal des hommes libres ; n° 139, 20 pluviôse an 3, p. 2 : maculé de plâtre sur une fresque).

Annales patriotiques (n° 72, 12 frimaire an 3)

Le Batave (n° 168, 19 ventôse an 3 et 169, 20 ventôse an 3 : «journal très intéressant par sa rédaction, par l’impression sur un fort beau papier»

Bibliothèque physico-économique [, instructive et amusante], année 1782 (n° 431, 25 fructidor an 2 : «Moyen économique de suppléer au savon»)

Chronique de Bordeaux (n° 39, 9 brumaire an 3)

Conservateur décadaire (?) (n° 325, 5 prairial an 2), une longue «note du rédacteur» fustige un journal décadaire «qui paraît [...] depuis dix jours» et qui le plagie sans vergogne

Courrier universel (n° 141, 22 pluviôse an 3)

Courrier républicain (n° 154, 5 ventôse an 3)

Décade philosophique (n° 405, 27 thermidor an 2; n° 128, 9 pluviôse an 3)

Feuille du jour (n° 412, 4 fructidor an 2 : «la feuille de feu Parisau [...] chaque débat de l’Assemblée n’y occupait qu’une ligne»)

Journal d’agriculture (n° 100, 10 nivôse, an 3)

Journal d’Apollon, n° 4 (n° 398, 20 thermidor an 2)

Journal de harpe, n° 6 (n° 398, 20 thermidor an 2)

Journal de l'opposition par P.F. Réal (n° 142, 23 pluviôse an 3, p. 3 ; n° 154, 5 ventôse an 3 : défense de Delacroix)

Journal de Paris (n° 124, 5 pluviôse an 3)

Journal des hommes libres (n° 116, 26 nivôse an 3) : brûlé aux cris de « A bas les jacobins, à bas les royalistes, à bas les tyrans de toute espèce ! »

Journal encyclopédique (?), septembre 1792, reprise (sans citation des sources) de la fable de «quatorze oignons ou l’homme de Diogène retrouvé» (n° 48, 18 brumaire an 3)

Moniteur (n° 105, 15 nivôse an 3), sa réception en Angleterre ; n° 155, 6 ventôse an 3

Nouvelles politiques (n° 142, 23 pluviôse an 3 ; n° 147, 28 pluviôse an 3 ; n° 166, 17 ventôse an 3 : deux « énergiques de Paris » s’en prennent à un supposé jacobins)

Orateur du peuple (n° 119, 29 nivôse an 3 : réponse de la « jeunesse parisienne » réunie au café de Foy et au jardin Égalité, qui sera transcrite dans le n° 121, 1er pluviôse an 3)

Père Duchesne d'Hébert (?), n° 163, 14 ventôse an 3 : « ces grandes conspirations qui nourrissaient la grande colère du père Duchesne » (p. 4)

Républicain français (n° 45, 25 brumaire an 3 : chute des jacobins ; n° 121, 1er pluviôse an 3 ; n° 129, 10 pluviôse an 3 ; n° 155, 6 ventôse an 3, p. 3 : attaques du Moniteur contre ce journal)

Spectateur français (n° 166, 17 ventôse an 3) : reprise de deux nouvelles dénonçant des agressions contre des jacobins supposés ; n° 154, 5 ventôse an 3 : procès de Delacroix ; n° 159, 10 ventôse an 3 : « couplets sur Delacroix » acquitté ; n° 166, 17 ventôse an 3 : agression de supposé jacobins)

Thermomètre du Midi (suite du Journal du midi ou Courrier d'Avignon), n° 159, 10 ventôse an 3) : agitation antipatriote de Bordeaux et du midi

Auteurs cités : Poultier d’Elmotte (à partir de frimaire an 3), Rousseau (très fréquemment), Voltaire

Mots caractéristiques :

• «invasion de carmagnoles» (à propos de l’annonce erronée d’une descente en Angleterre (n°284, 24 germinal an 2)

• «forêt noire» : «une espèce nouvelle de spéculateurs » sur les denrées rares (n° 136, 17 pluviôse an 3, p. 3)

Diffusion : nationale

Contexte politique immédiat : Convention montagnarde après la chute de Danton, Convention thermidorienne jusqu’à la réintégration des Girondins ; guerre de Vendée, guerre de la première coalition, campagne de Flandres, révolution Batave , insurrection polonaise, siège de Toulon, guerre du Roussillon

Historique du journal : La Feuille de salut public change brutalement de titre entre la suppression du Conseil exécutif provisoire (12 germinal an 2/1er avril 1794) et l’exécution de Danton (16 germinal/5 avril). Dans un avis en tête du n° 274 (14 germinal /3 avril), «Les Rédacteurs préviennent leurs concitoyens que le journal qu’ils recevront désormais sous le nom de Feuille de la République est le même que celui de salut public, dont le titre seul est changé», avis répété dans le numéro suivant. La Feuille se soumet ainsi à l’arrêté du Comité de salut public du 12 qui prescrit que «nul journal ne pourra prendre le titre de Salut public, dénomination réservée au Comité par un décret de la Convention» et défend en conséquence «à l’auteur de la Feuille du salut public de continuer à prendre ce titre».

Depuis sa création, la Feuille de salut public était financée par les fonds secrets du Ministère de l’Intérieur, avec l’assentiment officieux du Comité de Salut public, notamment sous forme d’abonnements (2000 exemplaires par mois soit 6000 livres). Au moment où elle devient Feuille de la République, elle perd ce financement important. Elle n’est plus soutenue par le nouveau Comité après le 15 fructidor an 3/1er septembre 1795 (Caron, p. 10-18).

En ventôse an 3, peu après l’arrestation de Billaud-Varennes, Collot-d'Herbois, Barrère et Vadier, le journal disparaît aussi brutalement qu’il est né : «Des circonstances impérieuses nous décident à céder notre journal. Fidèles à nos souscripteurs nous avons pris des arrangements avec le propriétaire du journal Le Batave, une de nos meilleures feuilles politiques, qui réunit au patriotisme le plus prononcé et le plus sincère [...], l’avantage de donner la première les nouvelles étrangères, et de n’en donner que de certaines. Nos abonnés nous seront gré de leur avoir procuré ce journal [...] qu’ils recevront à la place du notre, à commencer du 21 ventôse […]» (n°s 168 et 169 des 19 et 20 ventôse an 3/9-10 mars 1795).

Bibliographie : Hatin, Bibliographie, p. 240 ; Deschiens, p. 154 ; Caron, Pierre. «Les Publications Officieuses Du Ministère de L'Intérieur en 1793 et 1794», Revue d'Histoire Moderne et Contemporaine (1899-1914), vol. 14, n° 1, 1910, p. 5-43 ; Aulard, François-Alphonse, Études et leçons sur la Révolution française, Paris, Alcan, 1893-1924, série 1, p. 232-234

Cote(s) : BnF LC2-792 (collection complète); NYPL 343380b (n° 274-441 an 2), 343379b (n° 1-169 an 3) (numérisation Hathi souvent peu lisible)

 

Articles remarquables

• «Stances contre l’athéisme chantées à la section des Tuileries […] 20 germinal et le lendemain sur le théâtre du vaudeville», (n° 284, 24 germinal an 2, p. 2) ; selon le même dispositif, le 30 germinal : «Stances sur l’immortalité de l’âme» (n° 295, 5 floréal an 2)

• «Les queues coupées reviennent» (n° 293, 3 floréal an 2)

• Lettre de lecteur et réponse du journal concernant les paroles et gestes obscènes observés pendant «les rassemblements qu’occasionne la distribution des objets de première nécessité»(n° 316 et 317 des 26 et 27 floréal an 2), scène de vertu et de générosité populaire lors d’une distribution de viande (n° 404, 26 thermidor an 2, p. 3-4)

• «Précis de ce qui s’est passé à la commune de Paris » dans le nuit du 9 au 10 thermidor sous forme d’un compte rendu des employés se terminant par «Ici finissent les renseignements que peuvent donner les employés au secrétariat» (n° 402, 24 thermidor an 2, p. 3-4)

• dénonciation de «tripotiers éhontés qui n’ont quitté les biribis et autres coupe-gorge» que pour tromper les honnêtes gens par de feintes enchères (n° 30, 30 vendémiaire an 3, p. 4)

• exemple de nouvelle plaisante à vocation pédagogique : « une cause très gaie, a occupé la séance du tribunal révolutionnaire », suit le récit des filouteries d’un volontaire désargenté se faisant passer pour un représentant en mission afin de faire bonne chère tout en rejoignant son régiment (n° 69, 9 frimaire an 3, p. 4)

• Longue lettre au rédacteur sur la signification du mot émigré et la différence entre émigré et fugitif (n° 112, 25 nivôse an 3, p. 3-4)

• Les saints de la République (Rousseau, Franklin, Voltaire, Helvétius, Pope, Marat) peints à fresque dans un café, Marat et son journal recouverts de plâtre (n° 139, 20 pluviôse an 3, p. 2)

• Lettre de Jean-Baptiste Louvet au journal (n° 149, 30 pluviôse an 3, p. 4), une annonce de son Accusation intentée dans la Convention nationale contre Maximilien Robespierre, par Jean-Baptiste Louvet, le 29 octobre 1792 dans le n° 167, 18 ventôse an 3, p. 4

• dépanthéonisation de Lepelletier et de Marat, regrets sur celle de Mirabeau : « on eut désiré qu’on en retirât son coeur et qu’on y laissa sa tête » (n° 164, 15 ventôse ans 3, p. 4)